Ainsi débute le premier volume des décisions du chef de corps du 118e territorial. Ces premières lignes ont été insérées, n’étant pas à proprement parler des décisions, mais plutôt un petit résumé d’un journal personnel.
Pour l’appréciation du colonel concernant ses cadres et son régiment, à la date du 9 août 1914, il est « angoissé ». Rapidement, par son action, celle de ses cadres, par le dynamisme de ses hommes, pépères souvent, honorables pratiquement toujours, il va faire de son régiment de territoriaux une unité de grande qualité, constituée d’hommes sûrs. Tellement sûrs qu’on les affectera souvent dans d’autres unités lorsque celles-ci en auront besoin...

GRANDE GUERRE DE 1914-1918

118e REGIMENT

D’INFANTERIE TERRITORIALE

DECISION DU LIEUTENANT-COLONEL

1914

AVANT PROPOS

Le 27 Juillet 1914, le 118e territorial que je commande depuis 1910, est convoqué au camp de Massillan, près de Nîmes, pour accomplir une période d’instruction de 13 jours. Des bruits tendancieux circulent déjà, au sujet de l’agitation de l’Europe Centrale.
Le 28, réception et installation des hommes, des nouvelles du dehors sont mauvaises.
Le 29, habillement et commencement des exercices : toujours mauvaises nouvelles ; je commence à croire à la guerre.
Le 30, je passe la revue de mon régiment et lui présente le DRAPEAU en ces termes :
OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS, CAPORAUX ET SOLDATS.
« Je vous présente le DRAPEAU du Régiment. En contemplant ces trois couleurs, rappelez-vous le jour, lointain déjà, où jeunes soldats, vous écoutiez avec émotion, les paroles que prononçait votre Colonel, pour vous indiquer vos devoirs envers l’emblème sacré de la PATRIE, qu’il vous montrait pour la première fois ; ces devoirs, ces obligations sont les mêmes, plus étendus, devrais-je ajouter, puisque tous hommes mûrs, expérimentés, pour la plupart mariés, vous avez à défendre femme, situation, enfants.
« Aussi, suis-je bien sûr, si la REPUBLIQUE, un jour prochain peut-être faisait appel à vos bras et à vos cœurs pour protéger ses frontières menacées par l’ennemi, tous, vous serez prêts au sacrifice suprême, pour défendre ce DRAPEAU qui renferme dans ses plis ce que vous avez de plus cher, famille, foyer et PATRIE.
« DRAPEAU du 118e, au nom du Régiment, je te salue et te baise pieusement : puisses-tu nous conduire toujours à la VICTOIRE !
Le 31 Juillet. – Les choses se gâtent de plus en plus ; le camp est consigné et à NÎMES tous les permissionnaires sont rappelés ; l’Allemagne vient de mobiliser.
Le 1er Août. – à 6 heures l'ordre de mobilisation est affiché, j’attends des ordres.
Le 2 Août. - Premier Jour de la mobilisation.
Le matin, un télégramme m'autorise à quitter le Camp pour rentrer mobiliser le Régiment à AVIGNON, je pars à 3 heures pour arriver REMOULIN à 8 heures du soir après une étape de 22 kilomètres.
Le 3 Août. – Le Régiment quitte REMOULIN à 3 heures du matin à cause de la chaleur et après une très pénible étape, arrive à 11 heures à AVIGNON où la musique du 58e nous conduit au palais des PAPES.
Le 4 Août. – Toute la journée employée à recevoir et habiller les hommes ; je forme une musique.
Le 5 Août. – Coup de collier sérieux pour tout terminer ; à 2 heures du matin, nous partons en chemin de fer pour NICE.
Le 6 Août. - Arrivée à NICE à 4 heures de l’après-midi et cantonnement.
Le 7 Août. – Visite au gouverneur qui me donne l'ordre de partir le lendemain pour BEAULIEU ou j'achèverai ma mobilisation très incomplète ; nous faisons partie de l'Armée des Alpes.

Le 8 Août. – Etape de NICE à BEAULIEU où nous sommes cantonnés dans des villas et hôtels luxueux ; les ITALIENS ne bougent pas. Je soigne le moral, la tenue et la discipline des hommes ; il y a beaucoup à faire.
Le 9 Août. – Instruction et exercices avec de nombreuses théories sur la tenue et la discipline ; les hommes dont les plus jeunes ont 35 ans ne sont pas faciles à plier au service militaire ; il faut beaucoup de tact et de doigté et je suis bien mal secondé par mes cadres médiocres.