[...] Notre vie ici est maintenant organisée et nous coulons pour le moment une existence de ville de garnison, très calme, qui ne serait pas désagréable si ce n’était le souci de l’avenir de toute notre petite bande et aussi celui de vous savoir dans la peine sans pouvoir rien faire pour vous venir en aide.
Votre télégramme d’hier mis à Bourgoin à 11h12 m’est parvenu vers 3h et il m’a apporté un grand soulagement en m’annonçant : paye faite. Oui, vous avez bien raison ma chère Louise, Dieu nous garde et c’est peut-être des pires misères qu’il fera sortir notre relèvement. Nous devons en tous cas le remercier et nous confier aveuglément à lui, il ne trahira pas notre confiance ; faites aussi prier beaucoup tous les enfants, ce sera notre sauvegarde.
Si possible adressez-moi je vous prie un groupe des dernières ou avant-dernières vacances me donnant votre image chérie et celle de tous nos petits.
Ici la vie actuelle ne serait pas pénible si ce n’était une chaleur plus qu’africaine. La nuit la température ne descend pas au-dessous de 25° et le jour de 8h à 15h on approche de 40° à l’ombre ; c’est un peu pénible et je me félicite de m’être équipé en blanc à Lyon avant le départ.
J’ai écrit hier à maman et je me félicite que les événements actuels se soient produits pendant qu’elle n’était pas seule à Chatonnay. Je me félicite également que nos deux grands aient été en vacances, car il aurait été à peu près impossible de les faire rentrer d’Italie pendant la période de mobilisation.
Je ne sais si Félix Rovanot a pu repartir pour Rome avant la mobilisation, si non, il a du être bloqué et ne pourra probablement pas regagner l’Italie avant longtemps. Quant à Marie Guillaud, si la mobilisation l’avait surprise dans le transsibérien, Dieu sait quand elle aurait pu rentrer !
Adieu ma chère Louise, ayons toujours la plus grande confiance dans notre bon Sacré-Cœur et soyons pleins d’espoir pour l’avenir.
Je vous embrasse bien tendrement ainsi que toute la bande. Votre L. M.
Je vous renouvelle mes instances d’hier relatives à la guerre aux rats dans l’usine fermée. Il faudrait également couvrir de papier les pièces près des fenêtres, à cause du soleil. – L’auto rend de grands services au régiment mais l’essence est très difficile à trouver. Et l’usine de Chatonnay ? Avez-vous pu y faire une petite paye avant de fermer ?
J’ai laissé ma malle avec pas mal de vêtements chez madame Blachère Auguste, 14 rue Molière à Avignon, avec ordre de vous l’expédier dans 2 mois si je n’avais pas reparu. [...]