*Ordre n° 46Le général commandant la Ve armée appelle tout particulièrement l’attention des commandants de corps d’armée et des officiers à tous les
degrés de la hiérarchie sur la nécessité de prendre des mesures sévères dans le but de prévenir l’apparition et la propagation des maladies épidémiques, telles que dysenterie ou typhoïde.
Les principales mesures à prendre et dont l’application devra être poursuivie rigoureusement sont les suivantes :
1° Les hommes ne doivent consommer que de l’eau bouillie ou chimiquement stérilisée ( comprimés Vaillard ou poudre Lambert ). L’eau bouillie peut être aromatisée avec du café ou du thé. Le train de ravitaillement apporte chaque jour un approvisionnement de cette dernière substance. Les comprimés stérilisants seront délivrés par le même train.
2° Des feuillées suffisamment profondes seront toujours établies pour l’usage de la troupe et les hommes seront tenus de les fréquenter ; elles seront renouvelées aussi souvent que les besoins de la troupe l’exigeront. Chaque jour, les matières seront désinfectées, de préférence avec du chlorure de chaux et recouvertes d’une légère couche de terre. Le chlorure de chaux est délivré sur bon, par le train de ravitaillement quotidien.
3° Les Hommes porteront constamment leur ceinture de flanelle et s’abstiendront des fruits insuffisamment mûrs ainsi que des salades. Il y a intérêt à leur distribuer fréquemment du riz, dont la cuisson pour qu’il soit agréable au goût ne devra pas être poussée trop loin.
4° Les hommes ne devront jamais rester exposés aux émanations nauséabondes des cadavres d’animaux ou des cadavres humains ; ces cadavres seront éloignés ou enterrés.
5° L’hygiène des tranchées doit être surveillée avec un soin particulier. Si les hommes ne peuvent s’en éloigner ils utiliseront comme feuillée, une tranchée spéciale très profonde et aussi écartée que possible ; les matières seront désinfectées et recouvertes systématiquement comme il est dit ci-dessus, plusieurs fois par jour ; on s’efforcera même d’obtenir que chaque homme, à chaque visite, procède lui-même à ces opérations.
La paille qui serait utilisée dans les tranchées devra être changée fréquemment.
Des rigoles convenablement aménagées assureront l’écoulement des eaux de pluie soit au loin, soit dans un puisard établi dans la tranchée même.
Les hommes dans les tranchées, recevront aussi souvent que possible, les aliments chauds et les boissons chaudes : soupe, notamment soupe Percy ; café, pommes de terre.
Le général commandant l’armée. Signé : d’Esperey.
*Au QG. le 26 octobre 1914.
Ordre n° 62
Le général commandant la Ve armée rappelle aux généraux commandant les corps d’armée et aux officiers à tous les échelons de al hiérarchie, les mesures d’hygiène dont il a prescrit l’application par son ordre du 9 octobre 1914, n° 46, il exige que ces mesures soient strictement appliquées.
L’attention du commandement et des officiers doit se porter d’une façon toute spéciale :
1° Sur les mesures de propreté ;
Il appartient aux commandants des cantonnements et d’unité de veiller personnellement à la propreté et à l’assainissement du sol dans les cantonnements ; à l’établissement, à l’entretien et à la désinfection des tranchées. Il ne suffit pas de faire établir des feuillées, il faut aussi tenir la main à ce que la troupe en fasse usage, à ce qu’on les désinfecte et qu’on recouvre les excréments d’une couche de terre et enfin à ce qu’on comble les feuillées abandonnées.
Ces précautions sont absolument indispensables dans les tranchées ou les soldats séjournent des journées entières à proximité des feuillées[1]. Ces feuillées doivent d’ailleurs être établies dans les tranchées spéciales amorcées sur les boyaux de communication.
2° Sur l’alimentation ;
L’eau destinée à la consommation sera au préalable bouillie et de préférence, consommée sous forme d’infusion de thé.
L’alimentation fera l’objet des préoccupations constantes des officiers au point de vue de la préparation, de la nature et de la quantité des aliments distribués.
Les denrées délivrées à titre de supplément donnent des moyens pour varier l’alimentation et la proportionner aux fatigues imposées aux soldats ; en permettant notamment d’améliorer l’ordinaire des hommes de service aux tranchées qui fatiguent plus que les autres et étant exposés aux intempéries, doivent recevoir une nourriture plus substantielle.
3° Sur la relève des hommes aux tranchées ;
Indépendamment de ces questions d’hygiène et d’aliments, il importe de régler méticuleusement les jours de service aux tranchées et les relèves afin de donner à chacun le maximum de repas possible, et de répartir l’effort entre tous. Chacun sait qu’une fatigue physique exagérée prépare au développement de certaines maladies contagieuses, particulièrement la fièvre typhoïde, il importe donc de faire alterner les unités pour le service des tranchées aussi fréquemment que le permettront les nécessités de la situation tactique.
L’état sanitaire de l’armée dépend de l’observation rigoureuse de ces diverses prescriptions. Toute négligence dans leur application serait une faute de commandement.
Le général commandant la Ve armée. Signé : d’Esperey.

[1] Il est rappelé que le chlorure de chaux nécessaire pour désinfecter est délivré sur demande par le convoyeur du train de ravitaillement.