[...]Revenons aux petits faits de chaque jour. Je vous ai dit au moins une fois déjà, je crois, que d’une façon générale l’armée française va avancer ; par où se fera la grosse poussée ? Joffre le sait et pas moi, mais je crois qu’elle ne se fera pas beaucoup attendre et que d’ici dix jours nous aurons quitté le pays que nous occupons. Ce soir, à une quinzaine de kilomètres à l’Est d’ici, il y a déjà eu un très vif combat, dont j’ignore le résultat. Ce n’est en tous cas qu’une action partielle. En tous cas je puis vous assurer que la poussée ne se fera pas par le front de la division marocaine.
Aujourd’hui, j’ai eu une journée assez fatigante (relativement) et entre autres occupations une séance du conseil de guerre qui n’a pas duré moins de trois heures ! Pas de cas graves mais compliqués et interminables. Tout à l’heure je vais aller dîner chez le général Blondlat qui m’a fait l’honneur de m’inviter avec le colonel et le docteur Fabre. Je vous avoue que je préférerais franchement pour ce soir la tranquillité de notre petite popote. Au retour de ce dîner, je n’aurai pas de feu, personne pour me tenir compagnie pendant la veillée en sorte que je me coucherai je pense tout prosaïquement, je manquerai la messe de minuit mais par contre je me lèverai demain de bonne heure et ferai mes dévotions à une messe matinale.
Ne vous inquiétez pas de mon pied ; sauf circonstances anormales, je n’en souffre plus. Sur le conseil du docteur je le traite maintenant par la teinture d’iode. Je n’ai pas rencontré E. D. peut-être ne le rencontrerai-je jamais. – Ne vous inquiétez pas de mon luminaire. J’ai trouvé 2 stocks de charbon, je les ai réquisitionnés et l’électricité remarche et marchera je pense aussi longtemps que nous serons ici. Merci encore pour le passe-montagne, il est très bien et d’une nouvelle maille dont j’admire la science. Merci aussi pour le réchaud qui me rendra service. [...]