Voici le beau temps revenu et ce matin nous avons le soleil et du froid : serait-ce le soleil d’Austerlitz ? Espérons le ; ce sera sûrement en tous cas une journée de grande bataille et puisse le bon S. C. donner la victoire à la France. C’est le général de Castelnau qui commande le groupe d’armées dans lequel nous jouons notre petit rôle ; c’est une garantie de plus pour la victoire que d’avoir un saint homme comme grand chef. Ici c’est la grande canonnade mais pas au pis sur les villages, grand bruit, bagages bouclés, voitures chargées ; nous vivons de grandes heures d’attente et de fièvre, mais pas du tout d’angoisse ; tout le monde est certain du succès, mais à mon humble avis pour que le succès soit décisif, il le faudrait foudroyant, et il faudrait qu’avant 48h, les lignes allemandes déjà fortement entamées sur 2 ou 3 points soient complètement rompues sur les points en question. De cette façon le recul allemand ne serait pas de 1 à 4 kilomètres mais il atteindrait de suite 40 ou 50 kilomètres ce qui en vaudrait la peine, et, avec un peu de chance la libération du territoire se ferait peut-être très vite.