30 septembre 2006
Lettre du [jeudi] 30 septembre 1915. 6 h. 30
Mot bien hâtif aujourd’hui, qui est jour de mouvement. Je veux dire de changement de place pur nous ; ce n’est qu’un petit déplacement d’une douzaine de kilomètres mais, comme nous quittons l’endroit où nous sommes depuis 11 mois sans esprit de retour, il ne faut rien oublier. Dans l’endroit où nous allons, il n’y a rien à craindre des obus, ils n’y arrivent pas ; je pense que nos hommes vont se reformer et reposer pendant une huitaine de jours au maximum et à ce moment nous suivrons le mouvement en avant. Hier encore (mercredi) mon manteau n’était pas arrivé mais j’aurai certainement encore l’occasion de le faire prendre, car le pays où nous allons n’est qu’à 16 kilomètres d’Ep. au lieu qu’ici nous en sommes à 25. Le vent a tourné, le temps est glacial, on a presque envie d’allumer du feu.
Adieu chère Li, on vous embrasse bien tendrement et on vous aime non moins. Dix kilomètres à l’Ouest.
Votre L. M.
Le mot caché est "Villers-Allerand", commune marnaise du canton de Verzy, située non loin de Rilly-la-Montagne (526 habitants en 1968). C’est là que le capitaine Monrozier se rend avec le régiment.
Décision du 30 septembre 1915.
*Mouvement. – A dater de demain 1er octobre, l’Etat-major du régiment, les 2e, 3e, 4e, 6e et 7e Cies., la CHR. seront cantonnés à Villers-Allerand ; la 1re Cie. à Rilly ; la CM. à Verzenay, le train régimentaire à la Neuville; les ravitaillements se feront à 16 h. à Craon-de-Ludes, pour toutes les unités, à l’abri du petit bois. Tous les plis de service, plantons devront donc se présenter désormais à Villers-Allerand ; il ne restera provisoirement à Verzenay que la CM.
Les 2e, 3e, 4e, 6e compagnies se rendront directement, cette nuit, après la relève à Villers-Allerand où le cantonnement sera préparé ce matin par le commandant du 1er bataillon ; à cet effet un fourrier par compagnie et deux hommes quitteront Verzenay avec les adjudants des 1er et 3e bataillons à 11 heures.
A 18 h. 30, la 7e compagnie, les tambours, clairons, musique, téléphonistes, etc. quitteront Verzenay avec tous les trains de combat sous les ordres du commandant de Lavalette ; les trains précéderont la colonne de façon à arriver avant elle à Villers-Allerand.
Le magasin sera transporté à Villers-Allerand. La 7e Cie. fera partir, vers les 12 heures une demi-section qui fournira la garde du cantonnement d’après les ordres du commandant de Pina. La 7e Cie. qui est au repos depuis 5 jours fournira tous les services et la garde pendant 2 jours pour permettre aux autres compagnies de se reposer complètement, mettre leurs affaires en ordre.
Tout le monde emportera la couverture sur le sac à Villers-Allerand ; le commandant du 1er bataillon donnera des ordres de détails pour les compagnies de son bataillon ; le capitaine de la compagnie n’aura pas de voiture à sa disposition sauf celle de compagnie en raison de la brièveté de l’étape.
*Mutations. – Mallet Gustave cl. 1895, n° matricule 17177, brancardier, de la CHR., actuellement évacué, passe à la 12e Cie. à la date de demain 1er octobre ; il est remplacé par Guigou Emilien cl. 1894, n° matricule 15674 de la même compagnie qui passe à la CHR. à la même date et est placé en subsistance à la 12e Cie.
L’équipe de fils de fer P. sera prise en subsistance, à la date de demain, par la Cie. de mitrailleuses (1sergent, 1 caporal, 26 hommes).
Sont passés au dépôt et devront être rayés à la date du 1er octobre : CHR. : Ducarouge Claude cl. 1899 matricule 2505 – 1re Cie. : Brémond Louis, cl. 1892, matricule 12418 ; Derlon Emile cl. 1890 matricule 9347 ; Bernard Thomas cl. 1894, matricule 15362 – 4e Cie. : Brisson Emile cl. 1893, matricule 13555b – 7e Cie. : Nourry Emile, cl. 1890, matricule 9633 – 5e Cie. : Mayer Aug. Cl. 1896 matricule 384 – 9e Cie. : Blanchon Joseph, cl. 1896, matricule 671 ; Gonon Gustave, cl. 1892, matricule 12605 – 10e Cie. : escoffier Aug., cl. 1895, matricule 16946 ; Brocarel Jules, cl. 1894, matricule 15767 – 11e Cie. : Bouletin Isidore, cl. 1893, n° matricule 14047 – 12e Cie. : Arnoux Ulysse, cl. 1894, n° matricule 16014.
*Ordre général n°24
Le général commandant le 38e corps d’armée cite à l’ordre du corps d’armée :
Le canonnier Delmetz de a 106e batterie de 58T pour le motif suivant : « Plusieurs servants ayant été tués ou blessés par un minenwerfer allemand, le canonnier Delmetz s’est porté sans hésiter au secours d’un de ses camarades, a été blessé lui-même de plusieurs éclats et, le conduisant à l’abri, est revenu ensuite à son poste et a repris le tir, sans songer à se faire panser. »
Au QG., le 25 septembre 1915. – Le général commandant le 38e CA. Signé : Mazel
Pour copie conforme le lieutenant-colonel commandant le 118e territorial. Signé : Nanta
29 septembre 2006
Décision du 29 septembre 1915.
*Malades ou éclopés. – En marche tout homme malade ou éclopé sera laissé sur le côté droit de la route avec son sac et ses armes, muni d’une feuille de papier sur laquelle son commandant de compagnie inscrira, au galop, le nom, n° matricule, compagnie ; se muni à l’avance de fiches toutes prêtes à cet effet ; ne jamais laisser un gradé avec un malade ; les infirmiers et médecins qui marchent à la gauche de chaque bataillon ont pour devoir de surveiller le côté droit de la route et au besoin de laisser le vélo auprès du malade jusqu’au passage de l’omnibus ambulance. Il est absolument interdit de faire monter un malade sur la voiture médicale.
*Prêt et solde. – auront lieu à Verzenay le 1er octobre aux heures habituelles.
Pour les officiers qui ne peuvent se déplacer il est rappelé qu’il est nécessaire de faire remettre une procuration écrite.
*Les compagnies fourniront pour le 1er octobre l’état nominatif des militaires évacués du front depuis le 31 juillet et comptant encore à leur effectif. Cet état devra faire connaître la date de l’évacuation et si possible l’établissement où ils se trouvent en traitement.
*Complément à l’instruction du 28 courant. – 1° Les sept vélos réglementaires (4 du colonel et 1 de chaque chef de bataillon) doivent avoir 10 chargeurs dans leurs cartouchières. – 2° Les sergents peuvent mettre six paquets de cartouches dans chaque cartouchière ; ils n’en ont donc besoin que de deux et ceux qui en auraient déjà touché trois verseront la dernière. – 3° Les commandants de compagnie feront connaître sur la situation demain si tous leurs hommes ont la double patte d’épaules et s’il manque des armes et munitions à leurs sous-officiers ou soldats. – 4° A la situation ils joindront un compte-rendu écrit et très bref faisant connaître si la compagnie est prête à partir et ce qui lui manque, s’il y a lieu ; en un mot, si tout est prêt.
*Garde du Drapeau. – Sont désignés au 2e bataillon : Jourdan, sergent, 5e Cie. – Baudrier (5e Cie.) ; Courroux (6e Cie.) ; Couillaud (7e Cie.) ; Mazen (8e Cie.) soldats de 1re classe.
*Mutations. – Monnier Gabriel cl. 1895 matricule 17027, téléphoniste, de la CHR., actuellement évacué, passe à la 5e Cie. à la date du 29 courant. – Bézer J., cl. 1891, matricule 11172, de la 11e Cie., qui était détaché à la 193e brigade comme téléphoniste, passe à la *CHR., à la date du 29 courant comme téléphoniste. Sont désignés : à la 11e Cie. comme bicycliste : Bourgue Abel – comme conducteur de la cuisine roulante : Bonami Félix.
*Onguent pour pieds. – Les compagnies et EM. Des bataillons feront connaître demain sur ¼ de feuille si on désire des boîtes ou bâtons d’onguent pour pieds ; prix de la boîte : 0,16 ; du bâton : 0,20 ; l’ordinaire supporterait la dépense.
*Campement et outils. – Les compagnies remettront le 1er octobre au bureau du colonel : 1° l’état de leurs outils portatifs – 2° l’état de leur matériel de campement, à la date du 30 septembre.
*Tambours et clairons. – Comme suite à la note de la décision d’hier les douze tambours et les sept élèves clairons désignés seront repris en subsistance par la CHR. à la date du 1er octobre.
*Le magasin possède une quantité considérable d’écussons et de ceintures de flanelle à la disposition des commandants de compagnie.
Le lieutenant-colonel commandant le 118e territorial. Signé : Nanta
28 septembre 2006
Lettre du [mardi] 28 septembre 1915. 14 h.
Petite Li, si vous n’avez pas reçu régulièrement mes lettres, je n’y suis pour rien, car je vous ai écrit très régulièrement la semaine dernière et deux fois chaque jour, sauf lundi et mardi où je n’ai pu, si je me souviens bien, vous écrire qu’une fois ; je crois que les correspondances du front ont été retardées systématiquement car plusieurs de mes camarades disent aussi que leurs lettres ne sont pas parvenues régulièrement à destination.
Lettre du [mardi] 28 septembre 1915. 6 h. 30
Voici le beau temps revenu et ce matin nous avons le soleil et du froid : serait-ce le soleil d’Austerlitz ? Espérons le ; ce sera sûrement en tous cas une journée de grande bataille et puisse le bon S. C. donner la victoire à la France. C’est le général de Castelnau qui commande le groupe d’armées dans lequel nous jouons notre petit rôle ; c’est une garantie de plus pour la victoire que d’avoir un saint homme comme grand chef. Ici c’est la grande canonnade mais pas au pis sur les villages, grand bruit, bagages bouclés, voitures chargées ; nous vivons de grandes heures d’attente et de fièvre, mais pas du tout d’angoisse ; tout le monde est certain du succès, mais à mon humble avis pour que le succès soit décisif, il le faudrait foudroyant, et il faudrait qu’avant 48h, les lignes allemandes déjà fortement entamées sur 2 ou 3 points soient complètement rompues sur les points en question. De cette façon le recul allemand ne serait pas de 1 à 4 kilomètres mais il atteindrait de suite 40 ou 50 kilomètres ce qui en vaudrait la peine, et, avec un peu de chance la libération du territoire se ferait peut-être très vite.
Décision du 28 septembre 1915.
*Instructions complémentaires pour le départ
1° Armement, cartouches : 11 paquets ou 88 cartouches sur l’homme (y compris les sous-officiers). Les compagnies doivent, en conséquence toucher au magasin les cartouches nécessaires et cartouchières, s’il y a lieu, pour compléter ce nombre – 103 cartouches par homme au caisson de munitions.
2° Vivres de réserve : 2 jours sur l’homme. – Repas de compléments : 2 repas sur la voiture à vivres.
3° Chargement des hommes : sur le sac : toile de tente ; un outil par homme ; un campement. Intérieur du sac : linge de corps ; vivres de réserve (le poids moyen d’un sac ainsi chargé est de 12 kilos).
4° Chargement des voitures : 1° Fourgon du bataillon : 2 cantines du chef de bataillon – 1 cantine du médecin – 1 cantine de l’adjudant de bataillon – 1 cantine du médecin auxiliaire – 1 caisse de comptabilité – 1 cantine à vivres – 3 sacs de pansage – 1 caisse de réserve de chaussures – 4 havresacs (vaguemestre – cycliste - ordonnances du chef de bataillon et du médecin) – 1 caisse comptabilité du vaguemestre – 2 sacs de cavalerie des agents de liaison. – 2° Voitures à munitions : cartouches ; fusils des permissionnaires ; outils en excédent ; sacs des permissionnaires. – 3° Cuisines roulantes : la distribution du jour – plats de campement (16 facultatifs). – 4° Voitures à eau : 2 tonneaux d’eau et les couvertures. – 5° Voitures de compagnie : 5 cantines des officiers et adjudants – 1 cantine à vivres – 3 matériels des coiffeurs, tailleurs et cordonniers – 2 sacs de pansage (capitaine et conducteur) – 4 havresacs (sergent-major ; cycliste ; infirmier ; ordonnance du capitaine) – Repas de complément (2 par homme) – 1 petite caisse de comptabilité – 13 ballots vestes et souliers de repos d’escouade.
5° Habillement : tenue de campagne, capote ; casque sur le sac.
6° Versement des effets : a) à emporter : vestes, souliers de repos (un sac par escouade) souliers roulés dans la veste – b) à laisser : un ballot individuel étiqueté (un sac par section).
7° Divers : En principe la veste est portée par la voiture. Eventuellement portée par l’homme roulée dans ou sous la toile de tente, sur le sac (poids moyen d’une veste : 1,500 kg.). Les fusils et sacs des permissionnaires sont portés par les caissons de munitions.
Campement. – En principe une marmite par escouade portée par l’homme et un plat par escouade porté par la cuisine roulante. Toutefois les commandants de compagnie sont autorisés à conserver en les faisant porter par leur cuisine roulante huit marmites et seize plats supplémentaires.
Les brancardiers portent toujours leur fusil et leur sac et marchent avec leur compagnie ; seuls, les infirmiers déposent leur sac sur la voiture de compagnie et marchent à la gauche du bataillon.
Les compagnies peuvent conserver deux des fûts de vin qu’elles ont achetés sur leur voiture.
Il serait préférable de rouler les couvertures en ballots de 25 (par demi-section) au lieu de 50.
*Observations générales. – Dans certains bataillons le chef de bataillon conserve près de lui, d’une façon permanente un planton par compagnie ce qui lui constitue un état-major de 4 plantons, 2 agents de liaison et 1 cycliste ; cette manière de faire st inadmissible ; si au combat et au stationnement les compagnies doivent donner au chef de bataillon un agent de liaison, en route c’est absolument inutile ; donc tous ces hommes rentreront aujourd’hui même dans leur compagnie qu’ils n’auraient pas dû quitter.
*Pour les marches recommander aux hommes et gradés, que personne ne doit quitter son rang ; que dans les haltes, personne ne doit se ternir sur le côté gauche de la route et que les gradés doivent toujours être à leur place ; le capitaine le plus souvent en queue de sa compagnie. Les compagnies alternent pour l’ordre de marche dans le bataillon et les sections dans les compagnies pour que chacune se trouve à tour de rôle, en tête, en queue et soit habituée à bien régler son allure.
*Commandement. – Un chef absent, officier, sous-officier ou caporal doit toujours être remplacé par un gradé de la même unité, sans qu’il soit nécessaire d’en prendre dans une unité voisine.
*Unités spécialisées. – Les téléphonistes, bombardiers et pionniers marcheront toujours en avant du bataillon de tête ; la CM. entre le 1er et le 2e bataillon ; les 12 tambours avec la musique, ainsi que les élèves clairons ; les 12 clairons du bataillon de tête avec la musique, les autres avec leur bataillon ; les cyclistes, toujours en avant de l’officier à qui ils sont affectés.
Chaque voiture doit être conduite par son conducteur, à pied le plus souvent, toujours doublé d’un homme fatigué ou malingre pour l’aider au besoin ; cet homme, toujours à pied, sauf si par hasard les voitures doivent trotter, mettra son sac sur la voiture ; les cuisines roulantes ne devront être escortées que de trois hommes : le conducteur, le cuisinier et l’aide-cuisinier. Il est rappelé que les TC. Marchent toujours derrière leur unité ; donc en principe derrière chaque bataillon une voiture médicale, S. ; 4 voitures à munitions, M ; 5 voitures à bagages, B. ; 4 cuisines roulantes, C. Toutefois les voitures du TC2. (5B. ; 4 C.) peuvent être groupées en arrière du régiment. Derrière le TC. Du dernier bataillon marchent les 2 voitures outils : O. ; les 3 voitures à bagages de l’EM. Et la CHR., B’ ; la voiture ambulance S’ et la voiture forge F’. Les voitures à eau marchent avec les TC. 1. Il demeure entendu que tous les ordres ci-dessus peuvent être modifiés selon les circonstances, mais seulement par le colonel, seul responsable de al marche et de la place des divers éléments dans la colonne. Il est également compris que, au combat, des ordres particuliers sont donnés ; enfin, au stationnement tous les parcs fermés et disposés de façon à les dissimules aux vues des avions.
*Brancardiers. – Dans chaque compagnie on désignera deux élèves brancardiers qui, sans interrompre leur service normal seront progressivement instruits, en dehors des heures d’exercice, par leurs camarades titulaires, de façon à pouvoir les remplacer selon les besoins.
*Bagages. – Comme conséquence des ordres de chargement des bagages, les voitures devront être chargées tous les soirs de façon qu’un départ de nuit se fasse sans à-coup ; à partir de 7 h. les voitures pourront être déchargées en partie, pour que les tailleurs, cordonniers et bureaux puissent continuer leur travail normal ; mais les dispositions seront prises pour que, en deux heures, au maximum on puisse partir. Dès maintenant, les compagnies devront faire apporter au magasin : 1° les vieux effets changés – 2° les effets personnels à renvoyer au dépôt (marquer le sac d’un D). Enfin les petits ballots des hommes devront être prêts à être chargés sur les voitures et les couvertures, roulées, tous les matins, en paquets de 25 (par ½ section) pour pou voir être rapidement portées au magasin du corps, en cas de départ.
Le lieutenant-colonel a constaté que le chargement des voitures se fait très mal ; d’abord les hommes qui sont autorisés à y déposer leur sac ne s’en préoccupent nullement ; ils les apportent, disparaissent et c’est le conducteur qui doit faire le chargement ; or le conducteur doit toujours rester à la tête de ses chevaux pour éviter tout accident ; c’est donc le second homme qui marche avec chaque voiture à qui incombe ce travail, aidé par les ordonnances ou hommes qui apportent ou viennent chercher sacs ou bagages. De » plus comme c’est toujours le même homme qui travaille, il faut que tous les objets soient rangés à la même place dans la voiture, de façon que, surtout de nuit, on puisse prendre ou placer n’importe quel objet, les yeux fermés. Chaque gradé chargé de surveiller les bagages devra bien se pénétrer de cette recommandation.
*Tambours et élèves clairons. – Comme conséquence des prescriptions ci-dessus, les 12 tambours et les élèves clairons Auzet, 5e Cie. ; Pensier, 6e ; Louis, 7e ; Joguin, 8e ; Germain, 9e ; *Clément, 10e ; Hermitte, 11e seront repris régulièrement en subsistance par la CHR. du jour du départ.
*En cas d’alerte ou alarme les unités du régiment stationnées à Verzenay se rassembleront rapidement dans leur cantonnement (Cie. de Werlé et CM. dans leur cour, à l’abri des obus) CHR. : cour de Werlé avec les TC. ; musique, tambours, clairons, sapeurs, etc. rue de Chanzy, contre les maisons Nord, tout le monde pouvant se réfugier promptement dans les caves. Le lieu de rassemblement des unités, où l’on ne devra se rendre que sur ordre du colonel est l’endroit où joue la musique et ses environs. Les voitures sont chargées, les chevaux harnachés et prêts à être attelés.
*Marmites à 4. – Les compagnies verseront aujourd’hui ou demain matin au plus tard, les 8 marmites qui leur sont retirées et l’excédent de leur campement ; le minimum qu’elles doivent garder est donc de 16 marmites et 16 plats et le maximum 24 marmites et 32 plats.
*Capotes de guérite. – Il est distribué une capote de guérite aux conducteurs des cuisines roulantes, pour les abriter ; les compagnies qui n’en auraient pas touché pourront faire prendre au magasin deux couvertures avec lesquelles elles pourront faire rapidement confectionner un pardessus, genre capote de guérite ; de même pour les voitures à eau et couvertures.
*Manteaux et houseaux. – Le lieutenant chargé des détails retiendra à la fin du mois le prix des manteaux et houseaux touchés par les officiers ; les commandants de compagnie qui auraient distribué ces effets à des hommes sont donc invités à le faire connaître demain sur la situation, s’ils ne veulent pas qu’on leur en fasse la retenue.
*Punitions. – Chausson L. n° matricule 12273 ; Mansoura V. n° matricule 626, soldats 6e Cie., 15 jours de prison dont 8 de cellule % du colonel : « Devant rejoindre leur compagnie dans la soirée ont passé leur nuit dehors et n’ont rejoint que le lendemain dans l’après-midi ». – Vigne J. n° matricule 207 ; Gardiol F, matricule 13821 ; Chabas J. Matricule 12255 ; Latour J. matricule 13940 ; Trouillet A., matricule 13851 ; Renoisio L. Matricule 887 soldats 6e Cie., 15 jours de prison, même ordre : « Devant rejoindre leur compagnie dans la soirée ont passé leur nuit dehors et n’ont rejoint que le lendemain matin. »
*Mutations. – Cosserat Eugène cl. 1898 matricule 3632, secrétaire de la CHR. (actuellement évacué) passe à la 1re Cie. – Requin Félix cl. 1895 n° matricule 17355, de la 1re Cie., en subsistance à la CHR. passe définitivement à cette unité comme 2e secrétaire de l’officier de détails. – Mouton Henri n° matricule 6588, 1re Cie., passe en subsistance à la CHR. Mutations à la date du 29 septembre.
Le lieutenant-colonel commandant le 118e territorial. Signé : Nanta
27 septembre 2006
Lettre du [lundi] 27 septembre 1915.
Ici nous vivons dans la fièvre de l’attente ; voici le 3ème jour de bataille et les succès des deux premiers sont déjà très beaux, espérons que cela va continuer de mieux en mieux ; ce que nous voyons et entendons d’ici est terriblement beau ; pour nous tout se borne à une lutte d’artillerie jusqu’à ce que les voisins d’en face déménagent par la force des choses, ce qui ne saurait tarder. Si Paul était ici en ce moment il se meublerait les yeux et les oreilles. - Merci pour l’envoi du manteau, chère Li, s’il pouvait être arrivé demain à Ep*. ce serait la perfection des perfections car quelqu’un de chez nous y va encore demain pour ravitaillement ; après, il faudra attendre un occasion aléatoire. J’ai reçu quinine, mousseline, photo, échantillon amiantine. J’ai découpé celle de vos photos, celle qui me plaisait le mieux et je l’ai placée dans mon portefeuille, que je porte toujours sur le côté gauche : votre chère image, ma petite Li, sera mon porte-bonheur et peut-être, qui sait, mon bouclier.
* Epernay
Lettre du [lundi] 27 septembre 1915. - 6 h.
Le vent souffle en tempête, le baromètre est archi-bas et la bataille continue ! Vous en aurez des nouvelles heureuses par les journaux bien avant cette lettre : ici, nous savons déjà le résultat de la journée du 25, résultat qui est excellent, espérons que cela continue de mieux en mieux. Détail ennuyeux c’est que je n’ai pas encore mon manteau et que je ne sais pas si je pourrai bien facilement l’envoyer chercher, enfin nous tâcherons de nous débrouiller ; pour le moment le besoin ne s’en fait pas encore absolument sentir.
Décision du 27 septembre 1915.
*Grenades. – Pour permettre de distinguer entre elles les fusées de grenades d’artillerie, les armées sont informées que les fusées a durée de 7 secondes ont la partie supérieure de la coiffe peinte en noir.
*A partir du 28 septembre, à 6 heures, toutes les troupes de la Ve armée seront alertées dans leurs bivouacs et cantonnements, les voitures prêtes à être attelées, les chefs de tout grade seront à leur poste, les états-majors prêts à se porter en avant.
*Garde du Drapeau. – Sera composée désormais comme suit dans chaque bataillon : 1er bataillon : Grollier sergent 4e Cie. ; Alary M. (1re Cie.), Mathieu J. (2e Cie.), Devaux C. (3e Cie.), Lambertin D. (4e Cie.) soldats de 1re classe – 3e bataillon : Reymonnet sergent (12e Cie.), Moquet A. (9e Cie.), Brunet H. (10e Cie.), Ramade V. (11e Cie.), Vernet J. (12e Cie.), soldats de 1re classe – le 2e bataillon enverra un état rectifié demain ; la garde du Drapeau ne devant comporter que des soldats de 1re classe.
*Le soldat Faure Julien proposé comme brancardier par la 2e Cie. sera rendu demain matin à 8 heures à l’infirmerie pour être examiné par M. le médecin chef de service.
*Indiscrétions. – Cinq gradés et hommes des 61e et 131e d’infanterie ont été punis de huit jours de prison pour avoir indiqué des emplacements de troupe, dans leur correspondance ; en outre les lettres contenant les indiscrétions ont été détruites.
*Effets. – Les compagnies pourront faire prendre aujourd’hui au magasin les effets neufs à changer ; celles qui en raison de leur situation dans les tranchées ne pourraient le faire, le feront connaître au colonel. Il faut que les vieux effets retirés aux hommes soient rapportés au magasin du corps, jeudi au plus tard, par les voitures de ravitaillement.
*Tonneaux. – Les bataillons toucheront aujourd’hui à 14 h. à l’infirmerie les deux tonneaux d’eau, un entonnoir et des robinets de rechange ; le sergent d’approvisionnement du 2e bataillon touchera pour son bataillon.
*Cartes. – Remise est faite à chaque bataillon et à la compagnie de mitrailleuses d’un lot de cartes à distribuer dans les conditions déjà indiquées : les cartes au 1/80 000e aux officiers et sous-officiers ; les cartes au 1/200 000e en plus aux officiers supérieurs et commandants de compagnie.
*Marche en avant. – Le 118e est appelé à l’honneur de marcher en avant avec la Ve armée ; après l’éloge qu’a fait du régiment le général commandant le 38e CA., le colonel n’a pas de conseils à donner à des hommes murs, expérimentés qui depuis onze mois vivent dans les tranchées, où 36 de leurs camarades ont donné leur vie pour la France, où 160 des leurs ont versé leur sang pour la Patrie ; il sait qu’il peut compter sur eux et que partout où ira le 118e, quelle que soit la mission qui lui soit confiée, le régiment sera à hauteur de sa tâche et conservera toujours sa vieille réputation de soldats d’élite, fils de la Provence.
Le lieutenant-colonel commandant le 118e territorial. Signé : Nanta
26 septembre 2006
Lettre du [dimanche] 26 septembre 1914. - 14 h.
Petite Li, nous vivons ici dans la fièvre en attendant le résultat de ce qui se passe pas loin d’ici ; vu des hauteurs le spectacle est impressionnant ; je pense qu’un résultat heureux ne se fera pas trop attendre ; si nous passions l’hiver hors des frontières françaises, que ce serait beau.
Constatez madame que quoiqu’écrivant au crayon, je fais entrer un petit volume dans 4 pages : certaines dames n’en font pas autant ; il est vrai qu’elles écrivent en chemin de fer où on fait comme on peut.
