Nous voici rentrés dans nos pénates au pays du berger, après 30 h. très agitées, une attaque allemande repoussée et pas mal de dégâts provoqués par les gaz asphyxiants que ces saligots aidés par un vent favorable nous ont envoyé en abondance ; les pertes par projectiles ont été insignifiantes mais celles par asphyxie l’ont été davantage ; mais, je crois que la plupart des hommes indisposés se remettront.

Chère Li je suis assez fatigué après une journée très fatigante et une nuit pour ainsi dire sans sommeil, sur un peu de paille avec froid, puces et rats ; de plus une fusillade allemande ininterrompue, les balles sifflant au-dessus de nous et beaucoup tapant dans les arbres ; enfin, le jour est venu et le vent d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier, il est nettement défavorable aux Boches qui n’ont pas, je crois, d’ailleurs l’envie de recommencer, car ils ont pu se rendre compte qu’on faisait bonne garde. Enfin, c’est calme en ce moment, sauf quelques obus par ci par là. J’ai reçu de vous hier un abondant courrier et si je ne suis pas trop dérangé je vis tacher d’y répondre un peu longuement, si je ne suis pas trop dérangé.

+Le 21 6 h. 30 matin.

Hier, à partir de 4 h., bataille, 3 sorties allemandes repoussées mais ils nous ont abîmé avec leurs gaz ; le S. C. me couvre de son égide ; j’ai été ¼ d’heure dans le nuage gazeux, un obus a éclaté à 1 m de ma tête et m’a couvert de terre ; pendant 1 h. j’ai été exposé aux balles, aux éclats ; pas une égratignure mais le régiment est abîmé par les gaz. On va probablement nous retirer à l’arrière ; cette nuit j’ai pu me coucher une heure, sans dormir ou à peu près ; c’est ma 2e nuit sans sommeil mais cela n’a pas d’importance ; j’ai les jambes un peu coupées par le chlore (c’est un des effets du chlore) mais je ne suis absolument pas intoxiqué.