Reçu aujourd’hui votre bonne lette de dimanche 24. - Je vous ai fait envoyer d’E. un télégramme qui finira je pense de vous tranquilliser sur ma précieuse santé. D’ailleurs vous devez être maintenant en possession de lettres vous annonçant que nous sommes au repos pour 15 jours au moins, loin des obus et des gaz de toute espèce. Quant aux questions de vent vous ne pouvez pas préjuger en Dauphiné du vent qui souffle en Champagne ; d’autre part pour que les Boches puissent nous envoyer des gaz, il faut un vent très, très faible, tellement faible que quelquefois les gaz se retournent contre eux ; si le vent est tant soit peu vif, même s’il souffle dans la bonne direction, ils ne peuvent rien, car le nuage est immédiatement dilué et balayé par le vent frais et ne produit aucun effet.

Non, chère Li, en cas d’attaque je ne prends pas le commandement de mes hommes ; si je l’ai fait le 20, c’est accidentellement parce que tout à fait par hasard, au moment où l’attaque s’est déclenchée je me trouvais dans les lignes où je pilotais une mission scientifique venue pour étudier sur place les gaz envoyés la veille, mais je n’étais pas à mon poste habituel qui était le poste de commandement du secteur ; j’ai un masque suffisant, puisqu’il m’a suffisamment protégé ; le point capital est d’avoir l’énergie de maintenir en place le masque, quel qu’il soit, et grâce au S. C. j’ai eu l’énergie de le faire. [...] Mes jambes ont repris leur vigueur habituelle, mais j’ai toujours les reins un peu fatigués.