Journée de bataille, gaz asphyxiants, bombardement effroyable et grâce au bon S. C. votre serviteur est intact. Ce matin quand le chlore a commencé à arriver, j’ai fait mon acte de contrition, recommandé mon âme à Dieu et nous sommes partis pleins d’entrain, le colonel, moi, quelques agents de liaisons, pour le poste de commandement du colonel du secteur ; il pleuvait de la fonte et le bruit était effroyable ; nous n’avons eu que la fin du nuage gazeux mais nos premières lignes en ont pas mal souffert. Le bombardement a duré jusque vers 10 h. ; une attaque d’infanterie allemande, peu considérable d’ailleurs, n’a pas fait 50 au delà de ses tranchées ; elle a été fauchée par nos mitrailleuses ; j’ai eu une journée très fatigante, déjeuné à 15 h. avec un bout de pain et de viande froide. Ce soir, et depuis midi tout est calme.

On vous aime tendrement, on vous embrasse et on vous prie de ne pas vous inquiéter ; les Boches ont été si bien reçus qu’ils ne recommenceront pas. Votre L. M.

Ce soir je couche sur un peu de paille au poste de commandement mais je pense que demain nous regagnerons nos pénates.