Par dépêche n° 4 441-3/11 en date du 11 octobre 1914, le ministre de la guerre écrit ce qui suit :

- 1° Il m’est revenu à plusieurs reprises que, sur le champ de bataille, des officiers seraient restés debout à côté de leurs unités abritées, dans le but très honorable de donner à leurs hommes l’exemple du courage.

Cette manière de faire présente de graves inconvénients. En marquant à l’ennemi l’emplacement de la troupe abritée, elle lui donne un point de mire bien défini, et elle est ainsi cause de pertes inutiles. – De plus elle compromet sans utilité l’existence du commandement ; or, sans cadres, la troupe perd une grande partie de sa valeur.

Vous voudrez bien rappeler aux cadres qui passent dans les dépôts, officiers ou sous-officiers, qu’ils doivent au cours du combat et quand l’exercice du commandement ou l’accomplissement de leur mission n’exigent pas d’agir autrement, conserver la position de la troupe sous leurs ordres et éviter de donner des points de repère aux tireurs ennemis. L’emprise de l’officier ou du sous-officier sur ses hommes est de plus le fait du calme du chef sous le feu, de la netteté et de la clarté de ses commandements que le résultat d’une attitude, si brave qu’elle puisse être.

2° Au moment où les officies et les hommes de troupe blessés commencent, après guérison, à rejoindre leurs dépôts, votre attention devra se porter d’une façon toute particulière sur l’influence qu’ils peuvent avoir sur le moral de ces formations et en particulier sur celui des jeunes soldats.

Il y aura lieu d’utiliser au mieux l’expérience de ceux qui ont vu le feu ; mais aussi de réprimer avec la dernière énergie la propagation de récits, souvent inventés de toutes pièces et qui pourraient avoir pour résultat de porter atteinte à la force morale de ceux qui n’ont pas encore eu l’honneur d’aller au combat.
A ne communiquer qu’aux officiers et aux sous-officiers